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La rétrospective olympique du football

Le football aux Jeux olympiques constitue une situation assez étrange, une histoire singulière – comme c’est le cas, d’ailleurs, pour toute situation et toute histoire liée au football. L’importance des tournois olympiques a varié au fil du temps, et il s’agit peut-être du seul sport pour lequel la conquête du sommet olympique ne représente pas la distinction suprême.

La renaissance des Jeux olympiques, dans la capitale grecque en faillite de 1896, n’incluait pas le football. En réalité, les organisateurs grecs ne souhaitaient pas inclure des disciplines qui ne concernaient pas la vigueur martiale, et parmi les jeux de balle, seul le tennis – un sport alors jugé suffisamment noble – fut intégré au programme. Le « ballon-pied », comme on l’appelait dans les textes de l’époque, bien qu’issu noblement des collèges et des classes supérieures de Grande-Bretagne, était déjà perçu comme une activité souillée par la plèbe. Ainsi, au cours des Jeux, un seul match de démonstration eut lieu au Vélodrome (plus tard nommé Stade Karaiskakis), où une équipe grecque perdit sur le score de 9-0 ou 15-0 contre une équipe danoise.

Le football fut officiellement intégré au programme olympique pour la première fois en 1900, lors des Jeux de Paris, inaugurant une époque durant laquelle des clubs ou des coalitions de clubs représentaient des pays, ce qui relevait donc d’une organisation à mi-chemin entre une compétition internationale et interclubs. L’équipe française comme l’équipe britannique étaient uniquement composées de joueurs nationaux, mais l’équipe belge comprenait un Néerlandais et un Britannique, ce qui fait que la médaille de bronze qu’elle décrocha ne fut pas attribuée au Comité olympique belge. Pour l’histoire, Upton Park battit l’USFSA – une fédération fondée par Coubertin – sur le score de 0-4 dans le match décisif, remportant ainsi la médaille d’or.

En 1904, à Saint-Louis, une équipe canadienne et deux équipes américaines prirent part à la compétition, la Galt FC du Canada remportant le tournoi et la médaille d’or pour son pays. Ce n’est qu’en 1908, aux Jeux de Londres, que les pays furent représentés par de véritables équipes nationales. Dans la patrie du football, le White City Stadium, à l’ouest de Londres – futur stade du QPR –, ouvrit ses portes pour accueillir tous les matchs du tournoi. Dans un format à élimination directe de huit équipes, la Grande-Bretagne décrocha la médaille d’or, le Danemark l’argent, et les Pays-Bas le bronze, après avoir battu la Suède lors de la petite finale.

En 1912, à Stockholm, le tournoi prit de l’ampleur. De plus en plus de pays souhaitaient participer à une compétition internationale de football, car ce sport avait commencé à devenir populaire d’un bout à l’autre de l’Europe, mais aussi en Amérique latine. Ainsi, douze équipes prirent part à un tournoi à élimination directe. Le podium fut identique à celui de 1908, bien que cette fois la Finlande – encore partie intégrante de l’Empire russe – termina à la quatrième place.

La Première Guerre mondiale interrompit la tenue des Jeux olympiques, et les footballeurs, désormais en uniforme, marquèrent des moments d’une tout autre portée historique : interrompant la guerre à Noël pour jouer au football dans les tranchées, avant de mourir non sous les tacles, mais sous les balles que leur avaient données les classes dominantes qui redessinaient le monde. Ainsi, les équipes nationales revinrent sur les terrains pour les Jeux olympiques d’Anvers en 1920. Le tournoi comptait seize équipes et vit, pour la première fois, la participation de la Grèce à une compétition internationale. Les hôtes belges remportèrent la médaille d’or en battant la Tchécoslovaquie en finale, tandis qu’un tournoi parallèle – sorte de repêchage – fut organisé pour attribuer les médailles d’argent et de bronze, qui revinrent respectivement à l’Espagne et aux Pays-Bas.

L’édition de 1924 constitue le premier tournoi olympique à revêtir une importance particulière. Pour la première fois, des équipes nationales de plusieurs continents y participent, et l’Amérique du Sud fait son entrée dans la compétition. Le Copa América avait certes débuté en 1916, mais jamais les équipes sud-américaines n’avaient affronté des formations européennes dans un tournoi officiel. Cette évolution mena au premier triomphe de l’Uruguay, qui remporta la finale contre la Suisse sur le score de 3-0. La médaille de bronze revint à la Suède, qui, cette fois, battit les Néerlandais lors de la petite finale.

En 1928, le triomphe de l’Uruguay se répéta à Amsterdam, et cette fois, l’Amérique du Sud domina clairement la compétition : la finale opposa l’Uruguay à l’Argentine. Le premier match se solda par un score de 1-1, et lors du match retour, la Celeste s’imposa 2-1. Cette victoire de l’Uruguay a encore une autre portée : c’est elle qui poussa la FIFA à choisir le pays comme organisateur de la première Coupe du monde en 1930, en tant que détenteur de la plus haute distinction footballistique. Les succès de 1924 et 1928 sont les deux étoiles que l’Uruguay arbore sur son maillot, aux côtés des deux autres qui marquent la conquête de la Coupe du monde.

En 1932, aucun tournoi de football ne fut organisé à Los Angeles. En revanche, en 1936, lors des Jeux de la « Hitleriade », l’Italie fasciste battit l’Autriche en finale, tandis que la Norvège décrocha la médaille de bronze. Les Jeux suivants n’eurent jamais lieu, car le monde entrait dans la période la plus destructrice de son histoire jusqu’alors, dont il sortit vainqueur – du moins jusqu’à ce que survienne la prochaine.

Les Jeux olympiques reprirent à Londres, en 1948. Seize équipes y participèrent, et la Suède remporta la première médaille d’or de l’après-guerre, battant en finale l’équipe de la toute jeune Yougoslavie. Le Danemark triompha des Britanniques, pays hôte, pour s’emparer de la médaille de bronze. Mais en 1952, une équipe immense fit son apparition sur les terrains finlandais, pour les Jeux olympiques d’Helsinki. La Hongrie de Gusztáv Sebes, l’équipe qui domina une époque – celle qui, un an plus tard, battit les Anglais à Wembley et les força à reconsidérer les fondements mêmes du football – fut la grande triomphatrice du tournoi. En finale, elle s’imposa face à la Yougoslavie 2-0, après avoir inscrit 18 buts et n’en avoir encaissé qu’un seul en quatre rencontres.

La Grèce participa au tour préliminaire, mais fut éliminée par le Danemark sur le score de 2-1. En huitièmes de finale, un des matchs les plus chargés de tension politique opposa l’Union soviétique à la Yougoslavie, à un moment où les relations entre Staline et Tito s’étaient considérablement tendues et venaient de se rompre. Après un premier match spectaculaire conclu sur le score de 5-5, les Yougoslaves s’imposèrent 3-1 lors du match de barrage.

En 1956 à Melbourne, la grande Hongrie – celle qui avait perdu à Berne – ainsi que de nombreuses équipes européennes ne participèrent pas au tournoi. En finale, la Yougoslavie affronta l’Union soviétique, et les Soviétiques l’emportèrent 1-0. Cette même affiche se répétera quelques années plus tard, à Paris, lors de la première Coupe des Nations de l’UEFA, l’actuel Euro. La médaille de bronze revint à la Bulgarie, qui s’imposa face à l’Inde lors de la petite finale.

En 1960, toutefois, le tournoi introduisit pour la première fois une phase de groupes, ce qui permit à quatre puissances européennes de se qualifier pour les demi-finales en tant que leaders de leurs groupes respectifs. La Yougoslavie, après sa défaite en finale de l’Euro, prit sa revanche et décrocha une nouvelle médaille d’or olympique en battant le Danemark en finale, tandis que la Hongrie obtint le bronze en s’imposant face au pays hôte, l’Italie, au Stadio Flaminio, sur le score de 2-1.

L’édition de 1964 adopta également une phase de groupes, mais cette fois les matchs à élimination directe commencèrent dès les quarts de finale. La Hongrie décrocha une nouvelle médaille d’or en battant en finale la Tchécoslovaquie, qui s’était retrouvée deux ans plus tôt en finale de la Coupe du monde. L’Équipe unifiée d’Allemagne remporta la médaille de bronze.

Ce succès, la Hongrie le réédita en 1968, devenant ainsi la première équipe à remporter trois médailles d’or olympiques en football – du moins parmi les sélections nationales, sans prendre en compte les clubs ou coalitions de clubs représentant des pays. Cette domination s’acheva en 1972 à Munich, lorsqu’un quatuor venu d’Europe de l’Est se disputa les médailles : la Pologne s’imposa face à la Hongrie en finale, tandis que l’URSS et la RDA se partagèrent la médaille de bronze après un match nul 2-2 dans la petite finale. Ce fut d’ailleurs la dernière édition à ne pas prévoir de séance de tirs au but.

En 1976 à Montréal, la République démocratique allemande prolongea la série victorieuse du football socialiste en battant la Pologne en finale, tandis que l’URSS s’imposa face au Brésil pour décrocher la médaille de bronze. Cette série se poursuivit naturellement aux Jeux olympiques de Moscou, boycottés par de nombreux pays occidentaux. Là, la Tchécoslovaquie poursuivit une autre tradition : celle du vainqueur sortant battu en finale, en battant la RDA. L’URSS remporta de nouveau la médaille de bronze en s’imposant face à la Yougoslavie, dans une affiche devenue désormais classique du football européen.

Avec la poursuite des boycotts, en 1984 à Los Angeles, ce fut enfin l’occasion pour un pays d’Europe de l’Ouest de remporter le tournoi. La France battit le Brésil 2-0 en finale à Pasadena, tandis que la Yougoslavie, encore une fois présente, décrocha la médaille de bronze en s’imposant face à l’Italie lors de la petite finale.

En 1988, le Brésil atteignit de nouveau la finale, mais c’était le chant du cygne olympique de l’Union soviétique : elle remporta la médaille d’or après prolongation, sur le score de 2-1, grâce à un but historique de Savichev, joueur du Torpedo Moscou, qui passera plus tard par l’Olympiakos, avant de terminer sa carrière à St. Pauli. La médaille de bronze de ce dernier tournoi d’une autre époque – celle du court XXe siècle – revint à l’Allemagne de l’Ouest, lors de sa dernière participation sous cette dénomination aux Jeux olympiques. Le meilleur buteur de cette édition fut un jeune Brésilien que le monde allait bientôt appeler Romario.

En 1992 à Barcelone, survint la première victoire d’un pays qui, quelques décennies plus tard, allait dominer le football mondial. Avec un jeune Pep Guardiola de 21 ans dans l’équipe, l’Espagne remporta la médaille d’or en battant la Pologne 3-2 au Camp Nou. L’Afrique décrocha sa première médaille olympique en football grâce au Ghana, vainqueur de l’Australie 1-0 dans la petite finale.

Mais le véritable tournant pour le football eut lieu à Atlanta en 1996. Il était enfin temps de réparer l’injustice historique de l’exclusion du football féminin, et le sport le plus populaire au monde intégra enfin un tournoi féminin dans sa version olympique. Il fallut de longues années pour corriger cette erreur historique d’après-guerre, fruit d’une vision profondément malade, mais un premier pas fut franchi lors de ces Jeux. L’équipe des États-Unis s’imposa face à la Chine en finale inaugurale, tandis que la Norvège décrocha le bronze en battant le Brésil. Huit équipes participèrent au total, issues de quatre confédérations différentes, et la finale se joua devant 74 489 spectateurs au Sanford Stadium de la ville d’Athens, en Géorgie.

Dans ce même stade, pour le tournoi masculin, le Nigeria remporta la première médaille d’or pour l’Afrique, avec une équipe composée notamment de Kanu, Taribo West, Babangida et Amunike, en battant 3-2 l’Argentine d’Almeyda, Ayala, Crespo, Ortega, Simeone et Zanetti. En petite finale, le Brésil – avec Aldair, Bebeto, Rivaldo, Roberto Carlos et Ronaldo – écrasa le Portugal 5-0.

En 2000, ce fut au tour de la Norvège de s’emparer du sceptre, en battant les Américaines en finale sur le score de 3-2, grâce à l’application du but en or, inscrit par Mellgren à la 102e minute. L’Allemagne remporta la médaille de bronze en s’imposant face au Brésil lors de la petite finale.

Dans le tournoi masculin, le succès de l’Afrique se répéta, avec le Cameroun d’Eto’o, Geremi, Lauren et d’autres encore, qui atteignit la plus haute marche du podium en battant l’Espagne de Xavi aux tirs au but en finale. La médaille de bronze revint au Chili, grâce à un but inscrit par Iván Zamorano lors de la petite finale.

Aux Jeux olympiques d’Athènes, l’équipe nationale américaine affronta le Brésil en finale, au stade Karaiskakis, s’imposant cette fois selon la règle du but en argent, 2-1 après prolongation. La médaille de bronze revint une fois de plus à l’Allemagne.

Le tournoi masculin présenta un intérêt tout particulier, car la « malédiction de Maradona » fut enfin brisée : l’Argentine, dirigée par Marcelo Bielsa, remporta un matin au stade olympique d’Athènes (OAKA) la médaille d’or face au Paraguay, grâce à un but de Tevez, qui fut également le meilleur buteur de la compétition.

En 2008, l’Argentine réédita cet exploit avec Lionel Messi dans ses rangs, égalant ainsi l’Uruguay au nombre de médailles d’or olympiques. Mais dans le grand tournoi, celui du football féminin, les États-Unis s’imposèrent une fois encore face au Brésil, en prolongation, tandis que l’Allemagne décrocha de nouveau la médaille de bronze.

En 2012, aux Jeux de Londres, les rêves des Lionesses ne devinrent pas réalité : elles furent éliminées en quarts de finale par le Canada, une équipe de plus grande qualité, issue d’un pays où le football féminin bénéficiait d’un meilleur traitement depuis plus longtemps. Elles restèrent ainsi en dehors du dernier carré. La médaille d’or fut une fois encore remportée par l’équipe des États-Unis, avec une nouvelle fois un but décisif de Carli Anne Lloyd en finale, contre le Japon, qui avait remporté la Coupe du monde un an plus tôt. Le Canada, en pleine préparation pour la Coupe du monde 2015, décrocha la médaille de bronze en s’imposant 1-0 face à la France. Le tournoi masculin fut remporté par le Mexique.

En 2016, dans le pays où le football est une véritable religion, tous les regards étaient tournés vers l’équipe de Marta, qui espérait couronner sa carrière exceptionnelle par un sacre. Mais son parcours s’acheva de manière tragique : au Maracanã, le 16 août, les Suédoises tinrent le score vierge dans un match nul 0-0, puis s’imposèrent aux tirs au but 3-4, pour poursuivre leur route jusqu’à la finale. Là, l’Allemagne parvint enfin à remporter le titre tant convoité, en s’imposant 2-1. Le Brésil perdit également le match pour la troisième place, battu 1-2 par le Canada au stade de Corinthians. Le tournoi masculin fut remporté par le Brésil, avec Neymar, aux tirs au but.

Enfin, en 2021, lors des Jeux de Tokyo reportés, dans des stades vides de spectateurs, le Canada remporta sa toute première médaille d’or en s’imposant 3-2 aux tirs au but face à la Suède, après avoir éliminé cette formidable équipe des États-Unis 1-0 en demi-finale à Kashima. Les Américaines, championnes du monde en titre, durent se contenter de la médaille de bronze, remportée 4-3 contre l’Australie grâce à des buts des légendes Rapinoe et Lloyd, dans ce qui fut leur chant du cygne avec la sélection nationale.

Le tournoi masculin fut remporté par le Brésil, qui égalait ainsi l’Uruguay et l’Argentine dans la lutte sud-américaine pour la suprématie olympique.